Jusqu’à ce que je me pose réellement la question, je dois avouer que j’étais plutôt favorable à la reconnaissance du droit de vote et d’éligibilité des étrangers non communautaires aux élections locales. Après tout, qu’un étranger, installé depuis 10 ans en France, travaillant et payant ses impôts sur notre territoire, a fortiori bien intégré et parlant notre langue, puisse participer aux élections municipales, ne me choquait pas ; je trouvais même qu’il y avait une certaine logique …
Tout bien réfléchi, un certain nombre de réserves ont fini par renverser mon point de vue.
1. Cette innovation, défendue par les socialistes, placerait donc les étrangers non communautaires sur un même pied d’égalité que les ressortissants communautaires, à qui est reconnu depuis le Traité de Maastricht de 1992 le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales et européennes. Or, il me semble important qu’un ressortissant communautaire, avec qui je pense partager un socle de valeurs et d’idéaux communs, puisse bénéficier d’un statut plus avantageux que celui attribué à l’étranger. Priorité à mes alter egos européens !
2. Sur un plan national, le droit de vote est intimement lié à la nationalité française ; autrement dit, c’est parce que je suis citoyen français que je vote. Accorder le droit de vote à une personne étrangère risquerait de remettre en cause le Pacte Républicain et la cohésion nationale de notre pays, à une époque où celle-ci, admettons-le, est déjà bien abîmée.
Les français ne sont pas à un paradoxe près : s’ils s’indignent de se livrer à une introspection sur eux-mêmes (rappelez-vous de l’accueil, pour le moins tumultueux, réservé au débat sur l’identité nationale, sujet considéré comme « tabou » !), 61 % d’entre eux sont favorables au vote des étrangers ! C’est un peu comme si les français se reniaient eux-mêmes, mais faisaient preuve d’une grande clémence avec les autres !
En somme, les étrangers souhaitant voter en France n’ont qu’à demander leur naturalisation. Cette démarche administrative ne peut être considérée que comme un acte fort, qui doit être l’aboutissement d’une intégration réussie.
3. Abordons également la question de la réciprocité, qui à mon sens est essentielle : pourquoi ferions-nous preuve d’un tel élan de générosité à leur égard, alors que nous, ressortissants européens installés dans un pays non communautaire, ne pouvons pas profiter d’un même régime ? Il faudrait, dans ce cas, signer et ratifier des Traités bilatéraux avec des Etats tiers.
4. Enfin, quand bien même serait reconnu un tel droit, pourquoi donc vouloir le brider ? Pour rappel, le projet socialiste prévoit que les étrangers extracommunautaires ne puissent devenir que de simples conseillers municipaux, en aucun cas maire ni adjoint au maire. Une pareille restriction me laisse quelque peu perplexe, comme s’il y avait une certaine crainte, à la fois inavouable mais perceptible, à ce qu’un étranger puisse s’emparer d’une mairie ! Pour moi, soit on accorde ce droit, plein et entier, soit on s’y oppose. Mais que les Socialistes cessent cette « hypocrisie électoraliste » !
En tenant ce genre de propos, je ne me sens aucunement xénophobe, et n’entends pas un seul instant piétiner sur les terres frontistes. J’affirme que pour peser localement sur les décisions dites politiques, il faut avoir la nationalité française, car il serait inconcevable de bénéficier du droit de vote, sans avoir la nationalité tricolore. Les deux sont tout simplement indissociables.
Anthony DODEMAN
RDJ 92.