La Turquie aux portes de l'Europe ?
L’approche des élections européennes et la visite de Barack Obama en Europe, début avril, ont fait ressurgir la question épineuse de l’intégration de la Turquie dans l’UE, dont les pourparlers sont entamés depuis octobre 2005. Depuis sa création en 1957, la Communauté européenne a considérablement évolué. Devenue Union européenne en 1993, elle s’est sans cesse élargie aux pays européens qui en ont accepté les règles ; telle est d’ailleurs sa vocation première. Le traité de Maastricht de 1992 (appelé aussi traité sur l’Union Européenne) fixe les conditions d’adhésion : « respect des principes de la liberté, de la démocratie, des droits de l’homme, des libertés fondamentales ainsi que de l’Etat de droit. » D’autres critères, à l’image de ceux de Copenhague, se sont ultérieurement imposés aux pays candidats ; ils exigent le maintien d’institutions stables, la mise en place d’une économie de marché ouverte et concurrentielle ainsi que la capacité à transposer la législation communautaire au sein de leur propre législation. Pourquoi peut-on être hostile à l’intégration de la Turquie à l’UE ? Géographiquement, la Turquie ne fait pas partie de l’Europe mais de l’Asie mineure ; 90% de son territoire est situé sur le continent asiatique, dont sa capitale Ankara. En outre, une adhésion de la Turquie repousserait les frontières extérieures de l’UE jusqu’à la Syrie, l’Irak ou encore l’Iran, ce qui n’est pas forcément souhaitable en raison des conflits qui s’y déroulent. La Turquie a un double visage. D’un côté, un Ouest industrialisé et occidentalisé mais minoritaire, et de l’autre, un Est agricole, pauvre et islamisé. L’impact financier qu’aurait une telle adhésion dans le budget de l’Union serait conséquent puisqu’il faudrait non seulement aligner la Turquie sur le même niveau que le reste de l’Europe mais également gommer l’ensemble de ses disparités. S’il est vrai que la Turquie a fait quelques avancées sociales lors de ces dernières années (abolition de la peine de mort, codification de l’interdiction de la torture, révision de certains procès à la demande de l’UE, identité kurde reconnue), certaines zones d’ombre viennent ternir cet heureux constat : Peut-on accueillir un pays candidat qui ne reconnaît toujours pas l’existence de Chypre, elle- même membre de l’UE depuis 2004 ? Que doit-on penser du refus de la Turquie de qualifier de « génocide » le massacre de la population arménienne au cours de la première Guerre Mondiale ? La Turquie semble également devoir intensifier ses efforts quant à l’égalité homme/femme ; les droits de ces dernières sont très souvent bafoués dans certaines régions orientales du pays où « les crimes d’honneur » continuent à perdurer. Enfin, bien que la Turquie reconnaisse l’existence de la minorité kurde, il semblerait que celle-ci soit victime de discriminations constantes et que ses droits soient limités. Or, une telle situation est problématique pour un pays qui se veut laïc, devant, à ce titre, protéger les minorités ethniques et religieuses. L’argument institutionnel est à mon sens l’un des plus convaincants. L’intégration de la Turquie engendrerait une perte de pouvoir au niveau du Parlement Européen, pour la France et l’Allemagne, en raison de son poids démographique (environ 71 millions d’habitants). Or, il paraît inconcevable que les pères fondateurs de l’Europe perdent de leur influence dans la prise de décision au bénéfice d’un pays arrivant ! Cette plaidoirie, plutôt en défaveur de l’entrée de la Turquie, doit cependant être nuancée. Un argument de poids mérite en effet d’être souligné : intégrer la Turquie ne serait-il pas un bon moyen d’empêcher son basculement vers l’extrémisme ? Ne doit-on pas entrevoir son entrée comme une opportunité, celle de réduire la fracture entre l’Orient et l’Occident, plutôt que comme un fléau ? L’UE a-t-elle vocation à devenir « un club chrétien fermé » ou, au contraire, à s’ouvrir à de nouvelles cultures, évitant ainsi un potentiel « choc des civilisations » ? Toujours est-il que le débat reste entier et passionné, même si l’opinion publique semble s’opposer à son adhésion, lui préférant un « pacte privilégié ». Anthony Dodeman.
Jeudi 21 Mai 2009 - 01:37
Webmaster 92
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