Donc c’est fait, ils ont osé.
Le parti socialiste a décidé d’échanger des circonscriptions contre l’avenir de l’énergie nucléaire en France.
On peut observer la chose sous tous les angles possibles, cet accord concentre tout ce qu’un responsable politique ou un parti ne doivent surtout pas faire, s’ils souhaitent un jour exercer de hautes responsabilités.
Cette négociation témoigne tout d’abord d’un manque de cohérence et de vision politique et industrielle.
Du point de vue de la cohérence, on ne peut pas affirmer comme le fait François Hollande que l’EPR est une technologie parfaitement sure qui mérite d’être développée et annoncer dans le même temps la fermeture de près de la moitié du parc nucléaire Français.
Soit on considère que le nucléaire représente un risque trop important et on y renonce totalement, soit on juge que le risque est suffisamment faible pour être supportable, et alors on poursuit l’aventure nucléaire.
Les compromissions intellectuelles qui conduisent à fermer une partie des centrales nucléaires tout en conservant certaines autres pour aboutir à un accord électoraliste auront l’avantage de mécontenter tout le monde. I
l va soit beaucoup trop loin pour les défenseurs de l’atome, soit franchement pas assez pour ses pourfendeurs.
Et il a la particularité d’additionner les méfaits de chacun des deux projets : il met en péril les emplois de la filière nucléaire, remet en cause l’indépendance énergétique de la France, assurera le renchérissement du prix de l’énergie, et fera appel aux énergies fossiles beaucoup plus polluantes pour compenser la perte d’énergie… tout en faisant toujours courir le risque d’un incident nucléaire puisque certaines centrales seront toujours en activité. A vouloir contenter tout le monde, on ne contente finalement personne.
Mais ce n’est pas tout, cet accord manque aussi cruellement d’une vision industrielle pour notre pays : l’Atome est le fleuron de l’industrie française, l’un des rares domaines où la France est à la pointe, et le parti socialiste est en train de sacrifier cette filière pour quelques circonscriptions, belle vision de la politique et de l’intérêt national! De plus, les renoncements allemand et belge à l’atome offrent une opportunité inédite pour le nucléaire français : Ces pays savent parfaitement que les combustibles fossiles ou le gaz ne suffiront pas à assurer leurs besoins en énergie, et la qui mieux que la France, avec l’électricité produite par ses centrales pourra la leur fournir ? Pour une fois qu’il existait une solution pour réduire le déficit commercial…
Enfin, ces négociations ont montré les limites des capacités de négociation des socialistes. Nous ne reviendrons pas sur l’intelligibilité de l’accord qui a été signé, mais visiblement, certaines zones d’ombres (comme l’usage du MOX) subsistent (le texte aurait été amendé après sa signature !) .
On avait entendu François Hollande critiquer les réalisations du G20 portées par le chef de l’Etat la semaine dernière.
Apres les évènements de cette semaine, cela prête à sourire. On peut en effet mettre en doute la capacité du candidat socialiste à défendre les intérêts de la France dans des négociations internationales tendues alors qu’il éprouve de grandes difficultés à négocier avec des politiques qui partagent pourtant l’immense majorité de ses idées.
A cela s’ajoute les « clauses cachées » de l’accord : Cécile Duflot en a visiblement profité pour négocier son parachutage dans la Capitale : Si même la force de conviction et la volonté de se porter candidat à une élection se négocie…
Apres l’annonce de ce « tripatouillage » (dixit Bertrand Delanoë), Jean Marie Le Guen, député socialiste, se demande « quelles conclusions la direction de la fédération PS de Paris va tirer de cet échec monumental ».De très nombreuses candidatures dissidentes sont à prévoir dans les circonscriptions « réservées »aux écologistes.
L’unité aura donc été de très, très courte durée.
T.H.